Découvrez son parcours au sein du laboratoire LVTS à l’Institut Galilée :

Comment avez-vous débuté votre métier ?

J’ai commencé à travailler dans l’industrie agroalimentaire autour du risque microbiologique après avoir effectué un DUT en industrie alimentaire…

Au départ, ma formation était tournée essentiellement vers la microbiologie et non la chimie. En rejoignant ce secteur, j’ai surtout veillé à travailler sur deux niveaux importants : limiter les risques sanitaires et proposer un aliment le plus sain possible en sortie de production. Travailler sur la microbiologie est essentiel. Il faut savoir que beaucoup d’aliments que nous consommons nécessitent des microorganismes dans leur fabrication. Lorsque nous mangeons des yaourts, du pain ou du fromage, ce sont tous des aliments qui sont fabriqués à l’aide de microorganismes (levures pour le pain, ferments bactériens pour les produits laitiers, moisissures pour certains fromages…). On a vu dans l’actualité ces derniers temps, avec la contamination de certaines denrées alimentaires comme les pizzas, combien la sécurité bactériologique était importante.

J’ai travaillé au départ durant plus de 2 ans dans une usine en Alsace qui fabriquait du saumon fumé. Je devais mettre en place le laboratoire d’analyse et assurer le suivi de la production à tous les stades de la fabrication du saumon. L’usine était totalement neuve et j’avais la responsabilité du laboratoire d’analyse. Je devais assurer les vérifications bactériologiques du saumon que ce soit en chambre froide ou bien en salle de fumage. Le poisson est livré congelé, stocké en chambre froide puis ensuite décongelé pour être transformé. Je devais suivre une par une toutes les étapes de fabrication : le salage, le séchage, le fumage et le conditionnement en barquette. Chacune de ces étapes est contrôlée au niveau bactériologique, physicochimique (vérification du taux de sel, du fumage, du séchage…) et même gustatif, jusqu’à l’emballage du produit.

J’ai ensuite travaillé plus de 8 ans dans une société qui gérait des programmes de recherche pour les producteurs français de fromages au lait cru. Il s’agissait de les aider à respecter la législation européenne au niveau de la sécurité sanitaire de leurs produits. J’ai étudié un certain nombre de bactéries pathogènes, telles que les Listeria ou les staphylocoques, dans le but d’éviter leur présence dans les fromages.

Comment êtes-vous devenue ingénieur d’étude en analyse chimique ?

Durant 8 ans, après un concours de technicien du ministère de l’Agriculture, j’ai travaillé à l’École Nationale Supérieure des Industries Alimentaires (ENSIA) à Massy, aujourd’hui fusionnée à AgroParisTech. C’est là que j’ai commencé à faire de la chimie. J’ai suivi des cours du soir pour obtenir mon diplôme d’ingénieur en biochimie alimentaire, tout en exerçant mon activité le jour. J’ai ensuite effectué un stage de 9 mois sur les « arômes de cuisson de la génoise » qui peuvent être modifié selon les ingrédients utilisés et en particulier le type de matière grasse. J’ai par la suite passé ma soutenance et décroché mon diplôme d’ingénieur en 2009.

J’ai rejoint l’Institut Galilée en 2007, grâce à un concours d’assistant ingénieur qui m’a permis d’intégrer le laboratoire LVTS (Laboratory for Vascular Translational Science). Ma principale mission consiste à participer aux activités de recherche et de développement sur les biomacromolécules, les biomatériaux et les nanoobjets utilisés dans le domaine cardiovasculaire, pour l’imagerie médicale et le traitement de différentes pathologies.

Pouvez-vous évoquer quel est votre principal axe de recherche au LVTS ?

Je travaille principalement, avec les chercheurs de mon unité, sur un polysaccharide (gros sucre) le fucoïdane. Il s’agit plus précisément d’un polysaccharide sulfaté produit à partir d’algues brunes. Ce sucre a des propriétés très intéressantes sur le plan médical et en particulier dans le domaine cardiovasculaire. Il se lie à une protéine : la p-sélectine. Il s’agit d’une protéine transmembranaire exprimée par les plaquettes activées et les cellules endothéliales en situation pathologique. Elle a un rôle important dans le recrutement des neutrophiles et des monocytes lors du processus inflammatoire. Les maladies cardiovasculaires sont silencieuses. Il n’y a, la plupart du temps, pas de symptômes annonciateurs, qui amènent à consulter son médecin, comme c’est le cas dans d’autres maladies. Au LVTS, nous essayons de mettre au point des techniques d’imagerie qui permettent de détecter ces maladies, avant que les symptômes (AVC, infarctus, embolie pulmonaire, rupture d’anévrisme…) souvent graves, n’apparaissent. Nous travaillons aussi sur des méthodes thérapeutiques.

Notre unité de recherche est basée sur 3 sites : Villetaneuse, Bobigny et l’hôpital Bichat.

Actuellement, je travaille avec les radiopharmaciens de l’unité, à la mise au point d’un agent de contraste pour l’imagerie moléculaire des maladies cardiovasculaires par scintigraphie. Le but est d’introduire un isotope radioactif, le Gallium 68, sur un vecteur, le fucoïdane, couplé au préalable, avec des molécules chélatrices, pour pouvoir l’utiliser comme agent de contraste ciblé, en Tomographie par Emission de Positons (TEP), pour la détection de pathologies cardiovasculaires et en particulier les AIT (accidents ischémiques transitoires).

Comme un AVC (Accident vasculaire Cérébral), l’AIT est dû à une obstruction d’un vaisseau sanguin dans le cerveau. Les symptômes sont les mêmes que ceux de l’AVC (faiblesse musculaire, paralysie, difficulté à parler…). Contrairement à l’AVC, l’AIT est, comme son nom l’indique transitoire, c’est-à-dire que les symptômes durent de quelques secondes à quelques minutes, avant de disparaitre. Néanmoins, un AIT est un signe d’alerte très sérieux, puisqu’il indique qu’il y a des caillots dans la circulation sanguine et donc que le risque de faire prochainement un véritable AVC est extrêmement élevé.

L’AIT est transitoire, mais en aval du caillot qui avait bouché le vaisseau sanguin la paroi des vaisseaux qui ont été privés d’oxygène et de nutriments durant l’AIT expriment à leur surface interne la P-sélectine, c’est-à-dire même molécule que l’on retrouve à la surface des plaquettes activées dans le thrombus. C’est cette P-sélectine que l’on veut mettre en évidence avec l’agent de contraste. Avant d’être injecté au malade, le chélateur couplé au fucoïdane va être mis en contact avec un métal radioactif, le Gallium 68 qu’il va piéger. Ensuite le fucoïdane va se fixer à la p-sélectine et le gallium pourra être détecté par scintigraphie (imagerie TEP).

Nous en sommes à la première étape de la mise au point de ce produit. Il faut d’abord vérifier que ça peut fonctionner en faisant des analyses in vitro (analyses physicochimiques sur le fucoidane liés aux chélateurs, test de couplage avec le Gallium…). Si cela fonctionne il y aura des tests in vivo sur des animaux et seulement ensuite des essais sur l’homme. Cela prend plusieurs années.

N’y a-t-il pas un risque que le gallium reste dans le corps ?

D’abord, le Gallium a une demi-vie très faible d’environ une heure. Cela veut dire que toutes les heures, la quantité d’atomes radioactifs diminue de moitié.

Ensuite, utiliser un vecteur comme le fucoïdane va permettre de diminuer les quantités injectées. En effet, l’agent scintigraphique va se concentrer aux endroits d’intérêt et donc permettre d’avoir une bonne image même avec des quantités de Gallium extrêmement faibles.

Que vous apporte ce métier ?

J’aime beaucoup ce métier. Il n’y a pas de routine. On essaye chaque jour quelque chose de différent. Dans la recherche, il y a l’idée de progression. Il faut être très rigoureux et noter parfaitement toutes les étapes de ce qui est expérimenté. Chaque élément est important. Tout détail est susceptible de servir à l’avenir. Le cahier de laboratoire permet un suivi chronologique et de revenir sur chaque étape, si nécessaire.

Il faut aimer réfléchir et trouver sa propre façon de faire évoluer ses investigations. Il faut faire preuve d’adaptabilité et de créativité souvent.

J’apprécie aussi le travail en équipe. Nous avons des réunions régulièrement pour discuter de l’avancée des travaux et des difficultés rencontrées.

Dans le cadre de mes fonctions, j’encadre aussi des étudiants en stage. Cette année j’ai deux étudiantes, une en Master 2 et en une Licence 3 de chimie.

Dans ce laboratoire, une des grandes forces, c’est d’avoir des gens qui ont des compétences dans de multiples domaines, ce qui permet des échanges constructifs avec les collègues, comme avec les stagiaires.

Sur quel autre domaine travaillez-vous également ?

Le laboratoire a de nombreux sujets de recherche auxquels je participe. On fait du diagnostic et du thérapeutique.

L’an dernier j’ai travaillé sur des coils (une sorte de fil de platine qui s’enroule comme une pelote) pour le traitement des anévrismes. Lors d’un anévrisme, la paroi du vaisseau sanguin est déformée. La pression sanguine fait apparaître une poche qui est susceptible de se rompre. En effet les parois du vaisseau au niveau de l’anévrisme sont plus fines. La rupture crée une hémorragie qui peut être très grave selon l’endroit où cela se déclare. Les traitements actuels ont pour but d’aider à la cicatrisation de l’ouverture de l’anévrisme en occluant la poche anévrismale.

Dans 30% des cas, ces traitements s’avèrent inefficaces du fait d’un défaut de cicatrisation de la zone ou s’est formé l’anévrysme. L’objectif était donc d’améliorer cette cicatrisation en greffant de façon covalente un polysaccharide sulfaté pro-cicatrisant à la surface des coils.

Parfois notre travail arrive jusqu’aux essais cliniques et c’est très satisfaisant.

Dans le cadre de mon métier j’ai aussi de nombreuse tâches annexes à la recherche, comme la gestion des produits et des déchets, les commandes, l’entretien des appareils du laboratoire… Je suis aussi assistante de prévention depuis un an.

Ce métier est très varié. On ne fait pas tous les jours la même chose. J’aime évoluer dans le domaine expérimental et travailler en mode projet. J’apprécie de repartir à zéro à chaque fois : aller vers l’inconnu et découvrir sans cesse de nouvelles choses.

Institut Galilée

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